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Comprendre les scopes 1, 2 et 3 : guide pratique en entreprise

Rédigé par Sandra Martin | 12 juin 2026 00:53:57 Z

Comment les entreprises peuvent-elles réellement comprendre et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ? Le découpage en scope 1, 2, 3 est devenu incontournable pour piloter son empreinte carbone de façon fiable. Pourtant, la confusion demeure sur ce que recouvrent précisément ces périmètres et comment les évaluer dans la pratique.

  1. Définir clairement le scope 1, 2 et 3 des émissions
  2. Pourquoi cette classification est-elle nécessaire ?
  3. Cas concret : Lumiver, ETI industrielle à Nantes
  4. Outils et méthodes de mesure disponibles
  5. Les limites et points de vigilance
  6. Mini-FAQ sur les scopes carbone

Définir clairement le scope 1, 2 et 3 des émissions

Le découpage des émissions de gaz à effet de serre en trois scopes a été établi par le protocole GHG (Greenhouse Gas Protocol), la référence internationale en matière de comptabilité carbone.

Scope 1 : émissions directes

Il s’agit de toutes les émissions directement produites par l’entreprise. Cela inclut la combustion de carburants dans les chaudières, les véhicules de l’entreprise, les procédés industriels ou encore les fuites de gaz frigorigènes des systèmes de climatisation.

Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie

Ce périmètre concerne les émissions liées à la production de l’énergie achetée et consommée : électricité, vapeur, chaleur ou froid. Même si ces émissions ont lieu ailleurs, elles résultent de la consommation énergétique de l’organisation.

Scope 3 : émissions indirectes étendues

Ce troisième périmètre regroupe tout le reste : l’empreinte liée à la chaîne d’approvisionnement (matières premières, transport, déchets, utilisation des produits vendus, déplacements professionnels, etc.). Souvent, il représente plus de 70 % de l’empreinte totale d’une entreprise industrielle.

★ Clé de lecture

Les trois scopes ne sont pas des compartiments étanches, mais des angles de vue complémentaires : ensemble, ils offrent une photo complète du cycle carbone d’une activité.

Pourquoi cette classification est-elle nécessaire ?

Sans découpage, impossible d’attribuer la responsabilité correcte de chaque émission ni de définir des priorités d’action cohérentes. Cette classification permet :

  • De structurer les données pour les comparaisons sectorielles ;
  • De identifier les leviers de réduction les plus pertinents ;
  • De répondre aux obligations réglementaires (bilan GES, CSRD, reporting RSE) ;
  • Et enfin de communiquer avec transparence auprès des clients ou actionnaires.

Pour un directeur financier ou RSE, cette distinction facilite le pilotage budgétaire : investir dans l’efficacité énergétique touche le scope 2, tandis qu’un travail sur la logistique ou les fournisseurs agit sur le scope 3.

Cas concret : Lumiver, ETI industrielle à Nantes

Installée à Carquefou, près de Nantes, Lumiver (260 collaborateurs) conçoit des armatures d’éclairage public. Comme de nombreuses ETI industrielles, elle a engagé un bilan carbone afin d’évaluer ses émissions et prioriser ses actions.

Étape 1 : la surprise du scope 3

Les premiers résultats ont montré que le scope 3 représentait près de 85 % du total, essentiellement lié à l’achat des composants métalliques et électroniques. Les émissions directes des usines (scope 1) ne comptaient que pour 8 %.

Étape 2 : mesurer avant d’agir

Lumiver a dû travailler avec ses fournisseurs européens pour obtenir des données d’empreinte précises. L’entreprise a aussi adopté un outil de suivi automatisé des postes de dépenses carbone, incluant les déplacements professionnels et achats indirects.

Étape 3 : plans d’action ciblés

Réduction du transport aérien, remplacement des véhicules thermiques par hybrides rechargeables, contrats d’électricité verte : autant d’initiatives qui permettent de contenir le scope 1 et 2 à court terme, sans négliger le long terme du scope 3.

⚠ Point de vigilance

Beaucoup d’entreprises sous-estiment le scope 3 faute de données disponibles. Il est important d’assumer une part d’estimation tout en cherchant à affiner les données dans la durée.

Outils et méthodes de mesure disponibles

La qualité du bilan carbone dépend largement des outils employés et des sources de données. Voici les principales approches :

Outil / méthode Usage principal Avantages Limites
Base Carbone® (ADEME) Évaluation par facteurs d’émission standardisés Gratuite, validée institutionnellement Moyennes parfois éloignées des réalités sectorielles
GHG Protocol Corporate Standard Cadre de calcul international Compatible reporting CSRD et ISO 14064 Complexité pour les petites structures
Bilan Carbone® Association Démarche complète avec accompagnement méthodologique Formation certifiante, reconnaissance française Coût de mise en œuvre non négligeable
Plateformes automatisées (Greenly, Sweep, etc.) Suivi en continu des émissions via données comptables Gain de temps, visualisation dynamique Précision dépendante de la qualité des imputations

De plus en plus d’ETI couplent ces approches avec des solutions de paiement connectées comme Greenway, qui enrichissent le reporting RSE en associant chaque dépense à une estimation carbone.

Les limites et points de vigilance

Malgré sa robustesse, le modèle des trois scopes comporte des zones grises. Certaines émissions sont difficiles à attribuer, comme l’usage d’un produit vendu sur plusieurs années ou le recyclage partiel en fin de vie.

Éviter la double comptabilité

Un kilowattheure consommé par un sous-traitant peut à la fois figurer dans son scope 2 et dans le scope 3 de son donneur d’ordre. Les entreprises doivent s’accorder sur le périmètre pour éviter la surestimation globale.

Le rôle des données secondaires

Lorsque les données réelles manquent, l’utilisation de moyennes sectorielles reste acceptable, à condition d’être transparente sur les hypothèses retenues.

Prise en compte du numérique

Avec la digitalisation croissante, le poids carbone des services numériques (cloud, stockage, visio, etc.) devient un poste à part entière du scope 3. La sensibilisation des équipes IT devient alors essentielle.

★ Bon réflexe

Actualisez votre bilan au moins tous les deux ans et comparez vos progrès par scope. Cette approche permet de suivre la cohérence entre vos actions RSE et vos investissements.

Mini-FAQ sur les scopes carbone

Le scope 3 est-il obligatoire ?

En France, seules certaines entreprises y sont légalement tenues (DPEF, CSRD). Toutefois, il devient incontournable pour bâtir une stratégie climatique crédible.

Comment répartir les émissions par service ou entité ?

En affectant les consommations et achats à des centres de coûts. Les ERP et solutions de paiement professionnels peuvent automatiser cette ventilation.

Peut-on compenser avant d’avoir mesuré ?

Il est déconseillé de le faire : la compensation ne doit intervenir qu’après réduction effective et mesure transparente des scopes.

Quels indicateurs suivre ?

Outre les tonnes de CO₂e, suivez l’intensité carbone (par chiffre d’affaires ou salarié), la part d’émissions évitées et le taux de couverture de données réelles.

Combien de temps faut-il pour un premier bilan ?

Entre trois et six mois selon la taille de l’entreprise et la disponibilité des données. Un outil intégré de gestion des dépenses, tel que Greenway, peut réduire ce délai en consolidant automatiquement les informations d’achat et de mobilité.

Agir dès maintenant

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