Un technicien part trois jours sur un chantier à Lille. Il paie deux nuits d'hôtel, six repas, le péage et le parking. À son retour, reste à choisir comment lui rembourser ces frais professionnels : au réel, sur factures, ou au forfait, selon les barèmes de l'URSSAF. Le choix change ce que l'entreprise doit garder comme preuves, et ce qu'elle risque en cas de contrôle.
Ce guide s'adresse à la personne qui fixe la règle dans l'entreprise, DAF, responsable paie ou RH. Il réunit les deux régimes, les barèmes en vigueur en 2026, les conditions des grands déplacements, les justificatifs à exiger et deux changements récents que beaucoup de pages n'ont pas encore intégrés.
- Un barème URSSAF n'est pas un plafond de remboursement : c'est une limite d'exonération. Au-delà, l'excédent devient du salaire soumis à cotisations.
- En 2026, le repas au restaurant en déplacement est exonéré jusqu'à 21,40 €, la nuit en grand déplacement jusqu'à 76,60 € à Paris et en petite couronne[1].
- Pour les délais qui expirent après le 1er janvier 2027, les justificatifs de frais se conservent 10 ans pour le fisc, contre 6 jusqu'ici[2].
Frais professionnels : ce que l'URSSAF retient
Pour la sécurité sociale, les frais professionnels sont des charges de caractère spécial, inhérentes à la fonction ou à l'emploi, que le salarié supporte pour accomplir sa mission[3]. Le repas d'un commercial chez un client, la nuit d'hôtel d'un technicien, les kilomètres faits avec sa propre voiture entrent dans cette définition. Le déjeuner pris chaque jour près du bureau, lui, n'y entre pas : c'est une dépense de la vie courante.
Cette qualification a une conséquence directe. Les sommes versées pour couvrir de vrais frais professionnels ne sont pas du salaire, elles échappent donc aux cotisations sociales. Le cadre a d'ailleurs été refondu : un arrêté du 4 septembre 2025 a remplacé l'arrêté du 20 décembre 2002 qui fixait les règles depuis plus de vingt ans. Il reprend l'essentiel des principes, intègre des tolérances jusque-là inscrites au BOSS (Bulletin officiel de la sécurité sociale) et organise la disparition progressive des déductions forfaitaires spécifiques[4].
Côté droit du travail, le principe est ancien et constant : les frais qu'un salarié justifie avoir exposés pour son activité et dans l'intérêt de l'employeur doivent lui être remboursés, sans être imputés sur sa rémunération[5]. La seule marge de manœuvre porte sur la méthode.
Frais réels ou allocations forfaitaires : deux régimes
L'entreprise peut rembourser chaque dépense à l'euro près, sur présentation de la facture. Elle peut aussi verser une somme fixe, calculée sur les barèmes de l'URSSAF, sans demander le détail de ce qui a été dépensé. Les deux régimes ne protègent pas de la même façon en cas de contrôle.
| Critère | Frais réels | Allocation forfaitaire |
|---|---|---|
| Principe | Remboursement du montant exact payé | Somme fixe par repas, par nuit ou par jour |
| Limite d'exonération | Le montant justifié, s'il reste normal au regard de la mission | Le barème URSSAF : l'excédent est soumis à cotisations |
| Ce qu'il faut garder | La facture ou le ticket de chaque dépense | La preuve de la situation : ordre de mission, lieu, dates |
| Bon usage | Hôtel, train, avion, repas d'affaires | Repas et nuits en déplacement répétés, télétravail |
Le forfait n'est pas une dispense de preuve. L'URSSAF n'exige pas le ticket de caisse, mais elle exige que le salarié ait bien été en situation de déplacement ou de télétravail les jours concernés[3]. Un forfait repas versé chaque jour à un salarié sédentaire sera requalifié en salaire. Notre avis : le forfait convient aux équipes qui se déplacent souvent et de façon prévisible, le réel reste plus sûr pour les dépenses importantes ou irrégulières.
Les barèmes URSSAF 2026
L'URSSAF a publié ses barèmes revalorisés au 1er janvier 2026[6]. Voici ceux qu'une PME utilise le plus souvent.
| Situation | Limite d'exonération 2026 |
|---|---|
| Repas sur le lieu de travail (horaires décalés, travail posté) | 7,50 € par repas |
| Repas hors des locaux, sans restaurant (chantier, site client) | 10,40 € par repas |
| Repas au restaurant en déplacement | 21,40 € par repas |
| Grand déplacement : logement et petit-déjeuner, Paris et petite couronne | 76,60 € par jour |
| Grand déplacement : logement et petit-déjeuner, autres départements | 56,80 € par jour |
| Télétravail, sans accord collectif | 2,70 € par jour, 59,40 € par mois |
| Véhicule personnel, voiture de 5 CV, jusqu'à 5 000 km | 0,636 € par km |
Les montants de repas, de grands déplacements et de télétravail viennent de l'URSSAF[1]. Le barème kilométrique, lui, est le barème fiscal, inchangé depuis 2023 : 0,636 € par kilomètre pour une 5 CV jusqu'à 5 000 km, avec une majoration de 20 % pour une voiture électrique[7]. Il couvre le carburant, l'entretien, l'assurance et l'usure du véhicule. Pour comparer ce coût à celui d'une carte de l'entreprise, voyez notre comparatif carte carburant ou indemnités kilométriques. Côté repas, le titre-restaurant suit sa propre règle : sa part patronale est exonérée jusqu'à 7,32 € en 2026, comme le détaille notre article sur le plafond du titre-restaurant.
Rembourser plus que le barème reste possible. L'entreprise peut verser 30 € pour un repas au restaurant : seuls 21,40 € sont exonérés, les 8,60 € restants entrent dans l'assiette des cotisations. Ou bien elle rembourse au réel, sur la facture, et la limite tombe tant que la dépense reste raisonnable.
Déplacements professionnels : petits et grands
On parle de grand déplacement quand le salarié ne peut pas rentrer chez lui le soir. L'URSSAF le présume si deux conditions sont réunies : au moins 50 km entre le domicile et le lieu de mission, et pas de transport en commun permettant de faire ce trajet en moins d'1 h 30[3]. En deçà, il s'agit d'un petit déplacement : seul le repas est en jeu, au barème restaurant ou hors locaux.
Sur une mission longue au même endroit, les forfaits baissent. Après trois mois, la limite d'exonération perd 15 %, puis 30 % après deux ans[1]. Pour une nuit à Paris, on passe ainsi de 76,60 € à 65,10 €, puis à 53,60 €. Le calcul détaillé, mission par mission, figure dans notre guide du per diem et des indemnités de séjour.
Les péages et le parking ne font pas partie du barème kilométrique : ils se remboursent en plus, sur justificatif[3]. C'est là qu'une carte de paiement fournie par l'entreprise simplifie la vie de tout le monde. Le salarié n'avance plus rien, et chaque dépense arrive déjà rattachée à son véhicule et à sa mission.
Justificatifs et durée de conservation
Au réel, chaque remboursement s'appuie sur une pièce : facture ou ticket, daté, avec le nom du fournisseur et le montant. Pour un repas d'affaires, notez aussi le nom des invités et l'objet du rendez-vous. Sans cela, la dépense peut être requalifiée. Pour récupérer la TVA, demandez une facture au nom de l'entreprise, et notre guide de l'archivage des justificatifs de frais détaille la différence entre ticket et facture.
La durée de conservation vient de changer. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales porte de 6 à 10 ans le délai du droit de contrôle fiscal (article L. 102 B du livre des procédures fiscales). La nouvelle durée vaut pour les délais qui expirent après le 1er janvier 2027, et les justificatifs de frais professionnels sont expressément visés[2]. Les pièces comptables relevaient déjà de 10 ans au titre du Code de commerce[8]. En pratique, gardez tout dix ans.
Le papier n'est pas obligatoire. Une copie numérique fidèle, produite selon les conditions du livre des procédures fiscales, permet de jeter l'original. Encore faut-il un outil qui garantisse l'intégrité du fichier dans le temps : un simple dossier partagé ne suffit pas.
Cinq décisions pour une politique de frais claire
Les redressements naissent rarement d'une fraude. Ils viennent d'une règle floue, appliquée différemment d'une équipe à l'autre. Une politique de dépenses écrite tranche cinq points : le régime retenu pour chaque type de frais (réel ou forfait), les plafonds internes, souvent alignés sur les barèmes URSSAF, le circuit de validation, le délai de remboursement et le moyen de paiement.
Sur ce dernier point, la note de frais classique a deux défauts : le salarié avance l'argent, et le service comptable ressaisit chaque ticket. Avec la carte corporate Greenway, la dépense est payée directement par l'entreprise. Le justificatif est photographié et lu automatiquement, la TVA est ventilée par taux, et la dépense suit un circuit de validation à plusieurs niveaux avant de partir dans l'export comptable, avec compte et code analytique. L'archivage à valeur probante est proposé en option. Précision utile : Greenway ne calcule pas les indemnités kilométriques ni les per diem, qui restent gérés en paie. Pour choisir un outil, notre comparatif des logiciels de notes de frais passe en revue les critères.
Questions fréquentes
Quels frais professionnels l'employeur doit-il rembourser ?
Tous ceux que le salarié engage pour son travail et dans l'intérêt de l'entreprise : déplacements, repas en mission, hébergement. Ils ne peuvent pas être déduits de son salaire.
Quel est le plafond URSSAF d'un repas en 2026 ?
21,40 € pour un repas au restaurant en déplacement, 10,40 € pour un repas pris hors des locaux sans restaurant, 7,50 € pour un repas sur le lieu de travail imposé par les horaires. Ce sont des limites d'exonération, pas des plafonds de remboursement.
Faut-il des justificatifs pour une allocation forfaitaire ?
Pas de ticket, mais la preuve de la situation : un ordre de mission, un planning ou un relevé qui montre que le salarié était bien en déplacement ou en télétravail ces jours-là.
Combien de temps conserver les justificatifs de frais ?
Dix ans. Le Code de commerce l'imposait déjà pour les pièces comptables, et la loi du 25 juin 2026 porte à 10 ans le délai fiscal pour les délais qui expirent après le 1er janvier 2027.
Le télétravail donne-t-il droit à une indemnité ?
L'employeur peut verser une allocation forfaitaire, exonérée jusqu'à 2,70 € par jour et 59,40 € par mois sans accord collectif en 2026. Il peut aussi rembourser les frais réels sur justificatifs.
Article chapeau. Ce dossier fait partie de notre livre blanc de la gestion des dépenses en entreprise, qui couvre aussi la politique de dépenses, les cartes de paiement et le pilotage par la donnée.
Références
- URSSAF, « Taux et barèmes : frais professionnels », barèmes 2026. urssaf.fr ↩
- CCI Paris Île-de-France, « Allongement du délai de conservation des documents fiscaux à 10 ans » (loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, article L. 102 B du LPF), 29 juillet 2026. entreprises.cci-paris-idf.fr ↩
- Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS), « Frais professionnels ». boss.gouv.fr ↩
- Legisocial, « Frais professionnels : nouveau cadre réglementaire et fin programmée de la DFS » (arrêté du 4 septembre 2025), 16 septembre 2025. legisocial.fr ↩
- Cour de cassation, chambre sociale, 25 février 1998, n° 95-44.096. ↩
- Éditions Tissot, « Frais professionnels : valeurs forfaitaires au 1er janvier 2026 », 5 janvier 2026. editions-tissot.fr ↩
- Service-public.fr, « Impôts 2026 : barème kilométrique ». service-public.gouv.fr ↩
- Service-public.fr (Entreprendre), « Quels sont les délais de conservation des documents pour les entreprises ? ». service-public.gouv.fr ↩