Le prix d'une recharge sur borne publique semble tenir en un chiffre : celui que l'écran affiche, en euros par kilowattheure. Sauf que ce tarif ne couvre qu'une composante de la facture. S'y ajoutent des frais d'occupation facturés à la minute quand le véhicule reste branché, parfois des frais de session, et des grilles propres à chaque opérateur. Mesuré sur les recharges réelles de nos clients, le coût du kWh varie de 0,46 € à 1,30 € selon la seule durée de branchement, en recharge lente. Une flotte qui choisit ses bornes sur le tarif affiché pilote donc à vue.
- Le kWh en recharge lente (AC ≤ 22 kW) coûte en moyenne 0,73 € HT, contre 0,51 € en ultra-rapide. Le temps passé branché pèse plus lourd que la puissance de la borne.
- Une recharge lente branchée plus de 12 h revient à 1,30 € du kWh. Ces sessions représentent 16 % des recharges lentes et 43 % de la dépense correspondante.
- Le règlement européen AFIR impose d'afficher tous les composants du prix avant la session. Cette grille se lit en trente secondes.
Prix recharge borne publique : ce que contient vraiment la facture
Sur une borne publique, la facture combine trois composants. L'énergie, facturée au kilowattheure, est le seul chiffre que la plupart des conducteurs comparent. Le temps arrive ensuite. Dès que la charge est terminée ou qu'un plafond de durée est dépassé, nombre d'opérateurs facturent des frais d'occupation à la minute. La session complète le tableau : certains réseaux ajoutent un montant fixe par recharge, qui pèse d'autant plus lourd que la recharge est petite.
Ce modèle n'est pas illégal, il est encadré. Le règlement (UE) 2023/1804, dit AFIR, impose des prix raisonnables et comparables, et autorise explicitement les frais d'occupation « sous la forme d'un prix par minute afin de décourager l'occupation trop longue du point de rechargement »[1]. Pour les bornes de 50 kW et plus, le prix affiché sans abonnement doit être fondé sur le prix par kWh. Pour les bornes de moins de 50 kW, l'opérateur doit communiquer tous les composants dans un ordre imposé : prix par kWh, prix par minute, prix par session[2]. Et cette grille doit être visible sur la borne avant le début de la session[3].
La transparence existe donc, sur le papier comme à l'écran. Reste à la lire. Un conducteur pressé qui branche sans vérifier la grille complète paiera les trois composants, y compris celui qu'il n'avait pas vu.
Ce que disent 15 168 recharges de flotte
Pour mesurer l'effet réel de ces composants, nous avons analysé nos propres transactions : 15 168 recharges réalisées en France par les flottes clientes sur 12 mois, montants HT payés aux opérateurs, frais de stationnement compris. Trois familles de puissance se dégagent, et leurs poids ne coïncident pas. La recharge lente (AC ≤ 22 kW) représente 38 % des recharges pour 30 % de l'énergie et 38 % de la dépense. L'ultra-rapide (≥ 150 kW) concentre 51 % des recharges et 59 % de l'énergie, mais 53 % de la dépense. Autrement dit, la lente transfère peu d'énergie et coûte proportionnellement cher.
| Type de recharge | Part des recharges | Part de l'énergie | Part de la dépense | kWh HT moyen |
|---|---|---|---|---|
| Lente, AC ≤ 22 kW | 38 % | 30 % | 38 % | 0,73 € |
| Rapide, DC < 150 kW | 11 % | 11 % | 9 % | 0,46 € |
| Ultra-rapide, ≥ 150 kW | 51 % | 59 % | 53 % | 0,51 € |
Les recharges médianes racontent la même histoire. La recharge lente type transfère 18 kWh en 3 h 06 de branchement. La rapide passe 25 kWh en 42 minutes, l'ultra-rapide 31 kWh en 31 minutes. Une recharge coûte en moyenne 15,41 € HT, toutes puissances confondues. Et le kWh le plus cher de l'échantillon n'est pas celui qu'on croit : il se cache en recharge lente, quand la borne devient un parking.
Pourquoi la recharge lente coûte plus cher au kWh
La mécanique tient en une phrase : les frais liés au temps s'accumulent pendant que la batterie, elle, est pleine depuis longtemps. Une recharge lente médiane dure 3 h 06 pour 18 kWh. Passé ce délai, chaque heure supplémentaire n'ajoute quasiment plus d'énergie, mais continue de générer des frais d'occupation à la minute. Le dénominateur stagne, le numérateur grimpe.
Les données le montrent sans détour. En dessous d'une heure de branchement, le kWh lent revient à 0,46 €. Entre 1 et 4 h, à 0,56 €. Entre 4 et 12 h, à 0,55 €. Au-delà de 12 h, il grimpe à 1,30 €, presque le triple de la première barre. Ces sessions marathon ne sont pas rares : 16 % des recharges lentes dépassent 12 h de branchement et pèsent 43 % de la dépense en recharge lente.
Le profil horaire aggrave le tableau : 24 % des recharges démarrent entre 18 h et 6 h. Brancher le soir sur une borne publique et récupérer le véhicule le matin, c'est utiliser une infrastructure de recharge comme une place de parking. Les opérateurs, qui voient leur borne immobilisée, facturent exactement ce comportement. Le kWh, lui, n'a pas bougé.
Cinq leviers pour reprendre la main sur la facture
Règle de débranchement. Fixez une durée maximale de branchement et faites-la respecter, en priorité sur les recharges de soirée. La dépense se concentre sur 16 % des sessions lentes : elle se récupère en déplaçant des heures, pas en renégociant le tarif au kWh.
Alertes de fin de charge. Le conducteur peut savoir depuis son téléphone que la batterie est pleine, et la plupart des véhicules l'indiquent déjà. Ce qui manque, c'est le réflexe d'organisation : qui est prévenu, qui débranche, dans quel délai. Une alerte sans consigne derrière reste un gadget.
Choix des bornes. À puissance égale, deux bornes voisines peuvent aboutir à des factures très différentes une fois tous les composants additionnés. Notre carte interactive permet de comparer les tarifs des bornes avant le déplacement, pour ne plus décider sur le seul prix du kWh.
Politique de recharge à domicile. Les véhicules qui dorment dehors toute la nuit n'ont rien à faire sur une borne publique en soirée. Rapatrier ces recharges vers le domicile des collaborateurs ou vers le site, quand c'est possible, retire du volume au créneau le plus rentable pour les opérateurs, donc le plus cher pour vous.
Lecture des tarifs avant branchement. L'AFIR rend la grille complète visible sur la borne avant la session[3]. Trente secondes suffisent à repérer un prix par minute élevé ou un frais de session qui pénalise les petites recharges. Pour arbitrer la puissance elle-même, nos critères de choix d'une borne résument l'essentiel, et la carte carburant et recharge consolide les deux flux dans un même justificatif.
En recharge lente, le kWh passe de 0,46 € à 1,30 € selon la durée de branchement. 16 % des sessions dépassent 12 h et concentrent 43 % de la dépense. Le premier levier d'une flotte n'est pas le tarif au kWh : c'est l'heure de débranchement.
Questions fréquentes
Quel est le prix réel du kWh sur une borne de recharge publique ?
Sur nos données (15 168 recharges de flotte en France sur 12 mois, montants HT, frais de stationnement compris), le kWh coûte en moyenne 0,73 € en recharge lente, 0,46 € en rapide et 0,51 € en ultra-rapide. La recharge type facture 15,41 € HT. Le chiffre affiché sur l'écran ne prédit aucune de ces moyennes à lui seul.
Qu'est-ce que les frais d'occupation d'une borne de recharge ?
C'est un montant facturé par minute de branchement, au-delà d'un seuil défini par l'opérateur, pour décourager l'immobilisation de la borne. Le règlement AFIR les autorise explicitement sous cette forme[1]. C'est l'explication la plus probable de l'écart entre un kWh à 0,46 € et un kWh à 1,30 € en recharge lente : à énergie comparable, seule la durée de branchement change.
Pourquoi la recharge lente coûte-t-elle plus cher au kWh que l'ultra-rapide ?
Parce que la facture mélange de l'énergie et du temps. En ultra-rapide, le véhicule reste branché 31 minutes en médiane : les frais au temps pèsent peu. En recharge lente, il reste 3 h 06 en médiane, et parfois plus de 12 h. La borne facture alors surtout l'occupation.
Le prix affiché sur la borne inclut-il tous les frais ?
Oui, en théorie. L'AFIR impose d'afficher le prix par kWh et les frais d'occupation par minute sur la borne, avant le début de la session, et tous les composants du prix pour les points de moins de 50 kW[2][3]. Dans la pratique, ces composants se lisent ligne à ligne : c'est leur somme, pas le premier chiffre, qui prédit la facture.
Article chapeau : cet article complète notre comparatif des bornes de recharge pour entreprises, qui couvre les prix d'achat, les fabricants et les critères de choix.
Références
- Règlement (UE) 2023/1804 du 12 septembre 2023 (AFIR), article 5 : exigence de prix raisonnables et comparables (paragraphe 3), frais d'occupation « sous la forme d'un prix par minute afin de décourager l'occupation trop longue du point de rechargement » (paragraphe 4). eur-lex.europa.eu. ↩
- Règlement (UE) 2023/1804 (AFIR), article 5, paragraphe 4 : pour les points de recharge de moins de 50 kW, information du prix ad hoc avec tous ses composants, dans l'ordre prix par kWh, prix par minute, prix par session. eur-lex.europa.eu. ↩
- Règlement (UE) 2023/1804 (AFIR), article 5, paragraphe 4 : affichage sur le point de recharge du prix ad hoc par kWh et des frais d'occupation par minute avant le début de la session, obligatoire pour les points déployés depuis le 13 avril 2024. eur-lex.europa.eu. ↩